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Ce que je pense

par KOVALINFO 16 Juin 2012, 13:57 Kovalin Tchibinda Kouangou Tribalisme Tribalité

"Dans la forêt, quand les branches se querellent, les racines s’embrasent"(Proverbe africain)

«Un roi qui n’écoute pas les sages écoute les courtisans » (Proverbe africain)

Le débat politique en cours sur l’éventuelle scission du Congo-Brazzaville nécessite une mise au point de ma part concernant ma vision de la nation congolaise  à construire.

Ce qu’est la Tribalité ?

La Tribalité définit le lien social d’un individu à la tribu à laquelle il appartient. Elle détermine également les relations sociales, économiques et religieuses d’une tribu avec les autres tribus. Ces rapports se basent sur des valeurs de partage, de respect, de bon voisinage, de consensus, de justice etc. Elle norme les rapports sociaux afin de construire et consolider le « Vivre ensemble » entre toutes les tribus (ou groupe ethnolinguistiques) sur un territoire donné.

Dans l’Afrique précoloniale, les dirigeants géraient leurs États (ou Royaumes) en tenant compte de la Tribalité. C’est ainsi par exemple, que dans le Royaume Kongo, un système politique ingénieux avait réussi à instaurer une gouvernance politique par le lien unique et exclusif de la Tribalité à travers le concept du Kimuntu (1). Dans le Royaume Mandingue en 1255, Soundiata Keita avait réussi à construire l’unité de son Royaume grâce à une charte (La charte du Manden) qui organisa le principe de gouvernance entre les tribus Malinkés, Bambaras, Peuls, Wolofs, Toucouleurs, etc.

La Tribalité distinct du Tribalisme est donc ce qui caractérise « l’être socio - culturel » de l’africain. Si le Tribalisme tue la tribu et l’éclosion de l’idée de nation, au contraire la Tribalité est la « gouvernance politique et sociale » qui va donner vie à la nation. Si le Tribalisme crée de la frustration et du revanchisme de la part de ceux qui se sentent discriminés, la Tribalité va au contraire favoriser le “ vivre ensemble “.

La nouvelle approche de la Tribalité que j’ai préconisée ne consiste pas en un renfermement sur soi et à un refus de l’évolution ou de l’ouverture à l’extérieur, c’est plutôt une approche qui conduit à faire de nos valeurs intrinsèques la clé de voute de la construction d’État – Nation qui nous est propre, dans un système pleinement démocratique, qui garantisse un réel développement économique et social.

Mon constat.

Comme de nombreux pays africains, le Congo-Brazzaville n’est pas encore une nation. C’est un conglomérat de tribus construit par la volonté de l’histoire sur un territoire de 342000 km2. Évidemment, au Congo-Brazzaville, chaque tribu se présente comme un acteur politique et revêt une fonction politique. 

De plus, La carte d'influence politique, la carte électorale, le poids des leaders politiques dans leurs partis sont fonction du poids démographique ou économique de leur tribu. Les dispositions légales consistant à exiger dans les directoires des partis politiques la présence des ressortissants de différentes tribus ou de différentes régions, ne sont que du saupoudrage.

Toute la vie politique du pays est biaisée par la réalité tribale accentuant ainsi le lien entre les partis politiques et la tribu.

Ainsi, la plupart des partis politiques Congolais ont une identité régionale très marquée, le PCT (2) est essentiellement le parti des tribus Kouyou et Mbochi. Le MCDDI (2) celui des Laris, L’UPADS (2) est celui du Niboland   . Le RDPS (2) est majoritairement le parti des Vili-Yombé-Lumbu et fortement enraciné dans le Kouilou, L’UDR Mwinda (2) est le parti des Kongos du Pool.

Au Congo-Brazzaville, l’une des « principales idéologies » des partis politiques est la parenté. C’est au nom de cette logique que de façon analogue, l’ensemble des leaders ou fondateurs de partis ne voient pas leurs formations politiques choisir de façon consensuelle et démocratique, leurs successeurs en dehors du giron familial ou régional.

C’est ainsi  que Bernard Kolélas a transmis le MCDDI (2) à ses fils, que l’héritage de l’UDR Mwinda (2) est déchiré entre l’un des fils d’André Milongo et un « fils spirituel » ethno-régional , que le cousin (Pascal Gamassa) et l’épouse de Pascal Lissouba se sont emparés de l’UPADS(2), que le RDPS (2) est tenu par un fils du Kouilou Mabio Mavoungou comme son fondateur Thystère Tchicaya  et enfin  que Sassou Nguesso  se prépare à transmettre le pouvoir politique et spirituel à son fils, à l’un des membres de sa famille ou de sa tribu. 

La tribu est donc une réalité bien vivante, qu’il convient de considérer comme un facteur politique déterminant. C’est pourquoi il importe d’utiliser les principes de la Tribalité pour construire les règles communes qui vont régir l’organisation de la vie entre toutes les entités ethno linguistiques présentent sur le territoire.

Je suis convaincu que plus d’un demi-siècle d’essai infructueux de construction d’une conscience nationale et faute de pouvoir neutraliser la tribu, nécessite maintenant de construire nos institutions et nos modèles de gouvernance en tenant compte de cette réalité.

C’est ce qui justifie le concept de Tribalité mis au point pour amorcer la construction d’une véritable unité nationale entre tous les groupes ethnolinguistiques du Congo-Brazzaville.

Le paradoxe du Congo-Brazzaville.

Le Congo-Brazzaville se trouve confronté à deux conceptions:

Celle de Noumazalaye (3) incarné par la logique Sassou (iste), qui se caractérise par un Tribalisme sans cesse croissant et de plus en plus décomplexé, voire arrogant.

Et celle que j’incarne depuis près de trois ans à travers la Tribalité pour ériger une véritable nation équitable et prospère.

En effet, Ambroise Edouard Noumazalaye constatant en 1959 l’échec démocratique qui occasionna d’ailleurs une première guerre Nord-Sud s’était exclamé en 1965: « Avec un nord démographiquement faible, comment un fils du nord peut-il arriver au pouvoir ? ».

En l’absence de solutions réalistes (proposé par ceux qui détenaient alors le pouvoir, les ressortissants du Sud), il semble que le Nord politique ait répondu à la question par la maxime « Le pouvoir est au bout du fusil ».  C’est cette conception qui semble prévaloir à ce jour.

Face à cette première conception, je pose 47 ans après l’interrogation de Noumazalaye la question suivante : « Avec un Nord lourdement armé, la corruption et la fraude électorale érigée en institution, comment un fils du Sud ou du Centre peut arriver au pouvoir de façon transparente et apaisée pour le bien de toute la nation congolaise à construire? »

Parmi les tenants de la Tribalité, aujourd’hui deux voies se distinguent, la première fondée sur deux principes : la mise en œuvre d’une charte ou d’un pacte morale (avec entre autre la transparence dans la gestion publique) et le renouvellement institutionnel (tel que la présidence tournante). Et la deuxième voie portant sur la scission du pays.

Ma vision :

On ne peut soigner une maladie qu’en ayant identifié le mal. Le mal du Congo-Brazzaville est le Tribalisme mais nous pouvons l’extirper, par la Tribalité. Nier le Tribalisme est parfaitement stérile, le défi est d’interpeller nos consciences non pas sur les pesanteurs de ce fléau, mais sur cet inconscient tribal qui souvent oriente nos choix. Il faut reconnaitre que l’européanisation n’a pas conduit à la détribalisation de notre société. L’observation de la configuration et du peuplement des quartiers de Brazzaville en témoigne encore.

Partant de ce constat, il importe de mettre en place des institutions qui tiennent compte de notre sociologie. C’est en cela que je propose le réaménagement de nos institutions à travers un renforcement de la décentralisation et surtout la mise en place d’une présidence tournante entre les 3 zones ethnolinguistiques qui existent au Congo : Les Kongos, les Tékés, les Ngalas.

Pour rappel, la présidence tournante est une pratique en Suisse et aux Comores et qu’elle est également utilisée au niveau supranational par l’union européenne ainsi que par l’union africaine.

Je crois que sans un ancrage fort dans les valeurs démocratiques (Transparence, État de droit, Indépendance des pouvoirs et des institutions), et la sacralisation des valeurs de la « Tribalité » à travers le Kimuntu (1), le Congo risque de connaître des lendemains difficiles en faisant des tendances politiques les plus extrêmes, la seule option des différents acteurs politiques.

Parlons de la scission

Dans mon article intitulé la Tragédie du Sud publié sur MwindaPress, je donnais mon avis sur cette question et elle n’a pas changé. Je disais en substance : « Pour ma part, je crois qu'il est encore possible, avant qu'il ne soit trop tard de construire une nation congolaise une et indivisible incluant les Ngalas et les Kongos. Mon choix est bien celui-là car, c’est cette option qui est plus à même de sortir l'actuel Congo-Brazzaville de l’impasse économique et sociale dans laquelle un clan veut l’enfermer.»

Le Tribalisme, la mauvaise gestion du clan au pouvoir a fait naître dans la conscience des ressortissants du Sud l’idée de la scission. Je comprends leur souffrance, que je partage mais je reste convaincu comme le disait Romain Rolland « Un grand peuple ne se venge pas mais il rétablit le droit. ».

Je suis persuadé que le peuple Kongo a la faculté de pardonner et trouver des solutions pour favoriser le « vivre ensemble ». C’est sur la base de la Tribalité qu’il peut rebâtir le Congo nouveau dans un élan solidaire avec les autres groupes ethnolinguistiques.

Pour l’instant, nous devons privilégier l’obtention d’un consensus national entre les Kongos, Tékés et Ngalas.

J’appelle d’ailleurs, Denis Sassou Nguesso et son clan qui portent une lourde responsabilité dans la situation actuelle à œuvrer pour réconcilier véritablement tous les congolais.

J’appelle également la France notre partenaire historique et stratégique et qui doit le demeurer, à peser de tout son poids afin d’initier une concertation nationale qui va déboucher sur la réconciliation des congolais par la mise en place d’institutions saines et compatibles avec notre sociologie.

Conclusion

Je suis convaincu que nous pouvons sauver les fondements du Congo-Brazzaville actuel en partant de nos réalités sociologiques à travers la Tribalité. Nous pouvons soigner le Tribalisme par la Tribalité.  La démocratie à l’occidentale pratiquée sur des fondements qui sont en inadéquations avec nos réalités sociologiques et culturelles semble nous apporter plus de division que d’unité. Il devient urgent de trouver notre propre voie en adaptant notre démocratie aux contingences culturelles et démographiques qui sont les nôtres afin de construire une unité nationale qui va déboucher sur un sentiment patriotique, lequel sublime jusqu’au sacrifice du sang pour la défense de la patrie. Telle doit être notre vision commune (Kongo, Téké, Ngala) à condition que chacun y mette du bon sens.

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Kovalin TCHIBINDA KOUANGOU

Directeur du Think Tank : Observatoire Panafricain de la Tribalité

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(1) Kimuntu : le mot Kimuntu, « ce qui fait l’homme », recouvre toutes les qualités requises chez l’être humain de bonté, de générosité, de vérité, de justice, de respect, de solidarité, en un mot d’humanisme.

(2)

PCT : Parti congolais du Travail

UPADS : Union panafricaine pour la démocratie sociale

MCDDI : Mouvement Congolais pour la démocratie et le développement intégral

RDPS : Rassemblement pour la démocratie et le progrès social

UDR  Mwinda : Union pour la démocratie et la République

(3)Noumazalaye : Ambroise Édouard Noumazalaye né le 23 septembre 1933 à Brazzaville et mort le 17 novembre 2007, était une personnalité politique de République du Congo.

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Notes

Bibliographie : Livre Blanc sur la Tribalité (Auteur : Kovalin Tchibinda Kouangou)

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commentaires
N
bonjour!<br /> j'apprécie votre travail, mais vous n'allez au fond des choses, à la fin voulez-vous parler du fédéralisme au Congo ?
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G
La gestion des états posts-coloniaux passe par une meilleure gestion des tribalités. Kovalin Tchibinda a raison . Il a trouvé la clé pour sortir nos pays de la situation de non état que nous traversons. Nous devons éviter de copier les occidentaux en trouvant nous-mêmes nos propres modèles de démocraties. C'est en cela que je crois au concept de Tribalité
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R
Le vrai problème du congo c'est denis sassou nguesso qui est asseoiffé du pouvoir, le jour qu'il partira les peuples congolais pourront vivre en paix, ceux qui occasionnaient les troubles sont morts, kolela et autres  ne sont plus de ce monde, je crois bien qu'on peut organiser avec toutes les tribus du congo une façon consuelle de diriger le pays,un plan politique globale incluant  les hommes politiques influant de chaque région pour la gestion et l'avenir du pays.Nous disons non à sassou  nguesso trop c trop y'en a marre
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P
Comme je l'ai déjà indiqué, c'est la GEOGRAPHIE qui aura PRIMAUTE sur <br /> la TRIBALITE. De toute façon, le Sud, pourtant majoritairement Non-Téké a<br /> quand même fait élire un Président Nzébi. C'est pour dire in fine <br /> combien la cohabitation séculaire entre Téké, que ce soit dans le <br /> Niari, Lékoumou, NBouenza et Pool, a permis le passage d'identité <br /> tribales à des identités territorialisées. C'est dans cette mutation <br /> interne à chaque territoire que politiquement le Batsangui (téké si je <br /> ne me trompe pas) se sentira proche du Loumbou (Kongo) avec qui il <br /> partage le même destin territorial, alors que le premier ne se sentira <br /> pas plus proche du Bangangoulou qui lui a toujours été situation de <br /> proximité avec le Mbochi au regard de la GEOGRAPHIE. Pour que <br /> ce projet auquel je tiens réussisse et accouche de l'efficacité de <br /> gestion politique et de développement économique, il faut justement que <br /> la géographie, qui a permis au Sud l'élection en 1992 d'un téké aux <br /> présidentielles, prime sur la dimension ou l'appartenance ethnique des <br /> habitants qui, comme je l'ai initialement évoqué, n'est pas plus <br /> mobilisatrice que le fait de vivre, dans cette diversité tribale, sur <br /> les même terre. Dans cette présentation, le Téké, ethnie minoritaire à <br /> Mpangala, cohabitant avec le Bassoundi, ne sent pas plus proche de <br /> Gongara Nkoua des Plateaux Batéké que du reste de l'homme du Pool, puis <br /> du Sud. Pourquoi me diras-tu? Parce l'interpénétration des coutumes, <br /> cultures, projets, visions du monde etc... avec le reste des Kongo du <br /> Pool a fini par mieux l'intégrer dans son appartenance territoriale du <br /> Pool, puisqu'il n'est pas prêt d'aller s'installer à Djambala pour un <br /> district considéré EXCLUSIVEMENT Téké. Conclusion: les identités <br /> territoriales se sont substituées aux identités tribales dans les <br /> régions du Sud que je connais mieux que ceux du Nord. Merci
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P
<br /> Ou c'est la scission nord et sud ou nous procéderons au <br /> fédéralisme. Dans les deux scénarios, principalement dans le second, il <br /> nous faut construire un centre de l'Etat fort, capable d'instaurer et <br /> imposer la cohérence, et c'est ce centre étatique qui impulsera le <br /> fédéralisme, car fédérer un Etat qui n'a jamais été une confédération <br /> Suisse, Allemagne etc...) ne signifie surtout pas anarchie. Fédérer, <br /> dans notre cas d'Etat unitaire, c'est reconnaitre d'abord l'Etat fédéral<br /> qui donne aux Etats fédérés des compétences exorbitantes de <br /> gouvernement et de légiférer. Ce processus, pour qu'il s'amorce exige de<br /> la sérenité, et celle-ci ne peut être garantie que par cet Etat <br /> consensuel, préoccupé par la volonté de développer tout son territoire <br /> fédéral à partir des gouvernements locaux comme en Allemagne dans une <br /> certaine mesure. Mais il se trouve que ce scénario ne peut partir de la <br /> tribalité comme tu le propose. Pourquoi? Parce que fonder une <br /> réorganisation du territoire Etatique (par rigueur intellectuelle je <br /> m'abstiens de parler de territoire national) à partir de la sensibilité <br /> tribale ou ethno-culturelle comme tu l'as souvent dit, c'est nier la <br /> diversité ethnique qui peuple la partie Sud du pays où certes les Kongo <br /> qui partent du KOUILOU à BRAZZAVILLE sont plus nombreux, mais avec la <br /> vocation de vivre en parfaite harmonie devenue séculaire avec les <br /> groupes ethnique Téké. Dans cette perspective, fonder la réconfiguration<br /> du territoire étatique congolais en prenant comme base la dimension <br /> tribale doit forcément passer par des déportations des population Nzébi,<br /> situées au Niari, pour les fixer sur un territoire qui serait par <br /> définition (tribale) TEKE comme les PLATEAUX. Il va de soi que cette <br /> approche me parait injuste et susceptible de générer des frustrations <br /> qui pourraient naturellement compromettre la réussite de tout projet de <br /> réorganisation politique et administrative dont le peuple, dans sa <br /> diversité comme son unité a besoin. Merci
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