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    Discours de Kovalin TCHIBINDA, Président de E.P.A Congo ENSEMBLE POUR L'AVENIR DU CONGO A la journée de sensibilisation et de mobilisation pour l'organisation d'une " concertation nationale inclusive ".

    Mes chers compatriotes, Je ne reviendrai pas ici sur le bilan calamiteux du régime de Sassou Nguesso. Nous savons tous que la situation que traverse notre pays est des plus tragiques et que si nous ne nous asseyons pas autour d'une table pour discuter d'une autre direction à donner au destin de notre peuple. Nul ne peut prévoir l'avenir. Je souhaite ici apporter ma contribution à cette étincelle de dialogue nationale que nous propose Sassou Nguesso par l'intermédiaire de son Premier ministre. Nous savons tous ou plutôt nous imaginons tous qu'une telle proposition de dialogue nationale par le régime de Sassou Nguesso peut-être une stratégie malicieuse pour divertir l'opinion nationale et internationale. Faisons donc l'hypothèse que Sassou Nguesso est sérieux et que voyant l'échec de sa politique, arrivant au crépuscule de sa vie, son esprit s'ouvre peu à peu à la sagesse.

    LES ENJEUX DE LA CONCERTATION NATIONALE

    La concertation nationale si elle a lieu doit être utile aux congolais. Dès lors ses enjeux sont clairs : Sur le plan mémoriel il faut :

    • Rétablir la concorde nationale entre congolais qui se sont affrontés par milice ethnique interposée au cours des années 90. La création d'une commission Vérité et Réconciliation à l'image de celle qui a été mise en place en Afrique du sud s'avère nécessaire.

    Sur le plan institutionnel, Nous pensons qu'il faut

    • Installer des institutions saines, démocratiques et durables et régler définitivement la question de l'ethnie dans notre pays. Question qu'il ne faut pas laisser de côté car notre avenir en dépend
    • Réfléchir à la nature de notre pays : Etat fédéral ou confédéral ?
    • Réaménager notre territoire pour regrouper nos villages en commune en vue de rendre le labeur de nos paysans plus productifs

    Sur le plan de notre relation avec la France

    • Aller vers une véritable indépendance nationale en sortant de l'indépendance-association qui a été mise en place entre la France et notre pays en 1960.

    La concertation nationale sera donc l'occasion pour les Congolais de se retrouver pour décider librement de l'orientation institutionnelle de leur pays, et de sa stratégie de développement.

    Extirper la haine du peuple congolais.

    Pour réconcilier les Congolais entre eux, il est impératif que les victimes des guerres soient appeler à s'exprimer sur la douleur et la barbarie dont elles ont été victime. Cette démarche doit absolument s'enclencher pour éviter des vengeances dans le futur.

    Installer des institutions saines compatibles avec notre mentalité ethno-centriste.

    Nous savons tous que la culture de l'ethno-centrisme gangrène nos sociétés. Cette culture empêche l'émergence d'institutions et d'une société civile forte, car au Congo et dans beaucoup de pays africains, il y'a une faible adhésion aux idées abstraites telles que les partis politiques ou la prise de risques économiques sur la base d'idées commune. L'esprit de clan est présent partout. C'est cela le mal de notre pays et de nos sociétés africaines.

    Le contrat social n'est pas basé sur l'amélioration du bien être collectif. Le niveau de confiance entre les différentes ethnies est réduit au strict minimum. En politique, on ne fait confiance qu'au frère du village et maintenant au Congo de Sassou aux enfants. On voit donc que dans notre pays les appartenances claniques protègent mieux que les filiations idéologiques.

    Au Congo dans le langage courant, on parle souvent d'ethnie au pouvoir. Lorsqu'il y a un changement de régime c'est une ethnie qui perd le pouvoir et non un parti. Alors la concertation nationale que nous souhaitons ne doit aucunement éluder la question ethnique. Comment faire de l'ethnie au Congo un moteur de développement pour notre nation ?

    Vaste question qui devra figurer à l'ordre du jour de la concertation nationale. Cette question ethnique débouchera inévitablement sur la définition de la nature de nos états(Fédéralisme ou Confédération) et sur un nouvel aménagement du territoire national (Transformation des villages en communes). Au Congo, le chef de village est un brave paysan sympathique, sans l'envergure d'un leader moderne, sans autorité réelle, sans le charisme d'un modèle.

    C'est un villageois parmi d'autres villageois, sans ambition, sans aucun sens de l'initiative, parfaitement inconscient des responsabilités qui peuvent incomber au dirigeant d'une communauté au 21e siècle. Nous pensons que l'organisation des villages en commune doit être proposée au cours de cette concertation nationale. Il est impératif de sortir du jacobinisme imposé par la colonisation et qui a permis à Sassou Nguesso d'asservir le peuple

    Sortir de la tutelle française.

    Tous les analystes s'accordent à dire que nous assistons à la re colonisation de l'Afrique par dictateur interposé. L'heure est venue pour nous de remettre en avant le processus d'indépendance nationale. Nous devons nous ré approprier notre patrie et redéfinir de nouvelles relations avec la France. Le changement ne viendra pas d'elle mais de notre capacité à nous unir pour sauvegarder les intérêts de notre peuple.

    Pour sortir de la tutelle française, l'heure est peut-être venue de réfléchir ensemble sur les impacts négatifs du franc CFA sur le niveau de vie de notre peuple. Quel est le rôle du Franc CFA dans les malheurs de notre peuple ? Réfléchissons-en ! Je souhaite que nous prenions en main notre destin monétaire car la monnaie est le sang de l'économie et si votre sang est géré ailleurs que dans votre corps, vous êtes en situation de survie.

    Nous devons abandonner notre complexe monétaire. Nous ressemblons à des enfants à qui on présente une pièce de monnaie de un euro et un bonbon et qui choisisse le bonbon ne sachant pas qu'avec un euro ils peuvent acheter plus de friandises. Nous devons sortir de la tutelle française et prendre notre destin en main. Ce ne sont pas les plans d'ajustements structurels que nous impose la France(Trésor public français) via les organismes de Breton Woods qui sortiront le Congo de la misère. Il est essentiel que la concertation nationale permette la mise en place d'un projet de société congolais pour les Congolais.

    Voilà donc par ma voix, trois sujets (Aspects mémoriels, institutionnels, économiques) que nous souhaitons voir à l'ordre du jour d'une concertation nationale qui nous paraît essentielle pour sortir notre peuple de la léthargie dans laquelle Sassou Nguesso l'a conduit. . Nous refusons de participer à une concertation nationale à propos des prochaines élections présidentielles car nous ne reconnaissons pas les institutions mises en place par Sassou Nguesso en 2002.

    Je vous remercie de m'avoir suivi avec attention.


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  • kovalin-tchibinda-kouangou

    Pourquoi certains congolais ont-ils peur de la réalité ethnique? Pourquoi ces discours ‘angéliques’ qui tendent à inhiber la vérité alors qu’il suffit de regarder la société congolaise, d’écouter les uns et les autres discourir dans leur quotidien sur les ‘Bacongos’ ou les ‘Mbochis’ pour déceler des semences et des graines de tribalisme ?

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    Pourquoi nier que l’élection de 1992, bien que démocratique fut d’abord un vote à dominante tribale ou tous les  leaders furent de leurs ethnies ou de leur région des fiefs électoraux et des bases arrières pour la conquête du pouvoir ?

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    Pourquoi nier que le tribalisme est un cancer qui ronge le Congo depuis sa genèse Républicaine ?

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    Au Congo- Brazzaville, le tribalisme est présent dans toutes les couches sociales de la société. Sans ethnie, un homme politique congolais n’existe pas. Les idées, les projets, les programmes, les convictions ont peu d’importance. Pour les politiques congolais ‘Tout commence par l’ethnie et se termine par l’ethnie’ (1) Les premiers adhérents des partis politiques sont les membres de sa famille et de son ethnie.

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    Le tribalisme est donc une réalité irréfutable qui trouve ses racines selon Apollinaire Ngolongolo (2) dans le sanglant événement  de 1959. L’auteur affirme ‘La tragédie de 1959 a produit des haines et à diviser le pays en factions ethniques hostiles’, devenant ainsi le laboratoire de tous les conflits ethniques que le Congo a connu  ces dix dernières années.

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    Ecoutons l’économiste congolais  Ekondi Akala pour qui :’Le Congo souffre de graves séquelles tribalo sociales’(2) .Entendons le cri strident de Moudileno Massengo (3) qui affirme ‘Oui de plus en plus, les cœurs, les yeux se ferment et les horizons se rétrécissent  dans les esprits et l’âme des citoyens. De plus en plus, le Nord devient pour les gens du Sud  l’abominable, le lointain Nord. De même, le Sud pour certains calculateurs du Nord. N’est ce pas pour un pays la marche vers la pire ? Le démembrement ? »

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    Alors ! A ceux qui font de ‘l’angélisme’ ou de ‘l’évangélisme’ ‘refoulatoire’ en niant les faits, pour mieux se voiler la face, il suffit de vous remémorer, la souffrance, l’épouvante des enfants, des bébés massacrés, à Bacongo, Dolisie ou dans les quartiers Nord de Brazzaville au nom du tribalisme que vous niez par tactique politicienne ou pour des intérêts inavouables.

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    Oui je l’affirme ! Le Congo est confronté aux problèmes de rivalités ethniques et inter-tribales.Personne ne peut le nier. Oui ! Dans les conditions actuelles du vote ethnique, aucun ‘nordiste’ fut-il d’une qualité exceptionnelle ne peut gagner une élection au suffrage universel direct au Congo car le sud dispose de l’avantage démographique. Certains 'angélistes' affirment qu’il y’a des dissensions également dans la faction  ‘Nord’ ou ‘Mbochi’. Je leur répondrai qu’il y’avait également des discordes dans la faction ‘Hutu’ du Rwanda (Hutu Modéré) sans que l’on puisse dénier au Régime d’Habyarimana le qualificatif de régime tribal. Ce n’est pas parce que certains  ressortissants du Nord du Congo rejettent Sassou  que l’on peut réfuter au régime Sassou son qualificatif de régime clanique et tribal. De même, ce n’est pas parce que certains cadres du Sud sont avec Sassou que le régime de ce dernier n’est pas à dominante ‘Nordiste’. Idem pour le régime de Pascal Lissouba. Ce n’est pas parce qu’il y’avait des ressortissants du Nord auprès de lui que son régime n’était pas à dominante ‘Nibolek’.

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    Oui ! Je le dis avec gravité, la diversité ethnique est un frein pour la démocratie et le développement économique. Toutes les études en cours au sein des institutions internationales démontrent le lien entre diversité ethnique et faible service public, entre diversité ethnique et faible croissance économique, et entre diversité ethnique et forte corruption. La comparaison entre le quartile des pays où la diversité ethnique est la moins forte et le quartile des pays où la diversité ethnique est la plus forte fait ressortir une différence de deux points de croissance au bénéfice des premiers(4).

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    D’ailleurs William Easterly, démontre que la  corrélation entre diversité ethnique et services publics moindres n’est pas seulement un problème pour les pays pauvres. Elle se manifeste également aux  USA ou on considère l’appartenance ethnique qui distinguent les Blancs, les Noirs, les Asiatiques, les Américano d’origine indienne et les hispaniques. Il constate que les comtés américains les moins homogènes sur le plan ethnique sont ceux qui dépensent une part moindre de leurs budgets à des services publics fondamentaux comme les infrastructures routières ou l’éducation. Dans les comtés américains, une plus grande diversité ethnique est associée à des dépenses d’aide sociale plus faible. Autrement dit si les Américains d’origine africaine n’ont pas pu sortir de la pauvreté, cet échec tient à l’existence d’antagonisme ethnique.

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    Au lieu de vociférer sans maîtriser le sujet, certains devraient  au contraire s’engager dans l’étude de l’impact du tribalisme  dans le sous-développement économique de l’Afrique en général et du  Congo en particulier. Les études sur ce sujet pullulent sur la place publique. Peut-être comprendront-ils pourquoi le Congo et l’Afrique  traînent à décoller dans ce monde « mondialitaire ».

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    Cependant et heureusement, il y’a des pays qui malgré leur diversité ethnique sont sur la bonne voie. C’est le cas du Ghana. Cela n’a été possible que par la mise en place d’institutions saines et d’une fonction publique ‘méritocratique’ et non ‘ethnique’. D’ailleurs les études internationales montrent que lorsque  les pays morcelés sur le plan ethnique instaurent des institutions saines, ils tendent à échapper à la violence et la pauvreté.

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    C’est pourquoi, je préconise que les républicains congolais demandent à Sassou Nguesso et son clan une grande conférence sur les institutions et les services publics dans une perspective d’avenir où sera discuter la question ethnique et la question démocratique dans un contexte de faction tribal et donc,  non idéologique.

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    Il est de mon point de vue pratiquement impossible dans les conditions de rapport de force actuel que le régime de Brazzaville cède sur la commission électorale indépendante. Le soutien de Paris à ce régime est tel, que je peux déjà imaginer le communiqué du quai d’Orsay au lendemain des élections législatives  « Les élections au Congo-Brazzaville se sont déroulées en toute transparence. La France se félicite de la consolidation  du processus démocratique au Congo-Brazzaville. Fin de citation »

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    Napoléon Ier disait en 1885 « Les hommes sont impuissants à préparer l’avenir, seules les institutions sont capables de déterminer le destin des nations »

    Si on ne change pas les institutions actuelles et le fonctionnement des services publics, le Congo ne pourra se prémunir contre l’arrivée au pouvoir d’un dictateur élu qui remplacera, les Itoua, Ngokana et les autres par ses enfants et amis parce que les institutions qu’il aura trouvé le lui permettront.

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    Aux  vrais républicains et aux vrais patriotes  congolais, je demande de ne pas participer à ces élections truquées et perdues d’avance, et de ne pas lorgner sur les trois millions de Franc CFA de salaires que leur procurerait une place au parlement  croupion de Brazzaville.  Je leur dis que le plus beau cadeau qu’il  puisse laisser au  peuple congolais,  c’est la réforme des institutions et du service public.

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    C’est cette réforme qui pansera et  guérira la plaie hideuse du  tribalisme ouverte depuis le conflit  inter-tribal de 1959.

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    Kovalin Tchibinda<o:p></o:p>

    Mail : ktchib@club.fr<o:p></o:p>

    Blog: http://kovalin.oldiblog.com<o:p></o:p>

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    Notes<o:p></o:p>

    (1)      Conflit intertribal ou, manipulation coloniale? Appolinaire Ngolongolo Collection Sambela

    (2)      Ekondi Akala  Le Congo-Brazzaville, essai d’analyse et d’explication sociologique selon la méthode pluraliste. Editions Peter Lang. Suisse 1983 pages : 350, 353

    (3)       Moudileno Massengo République Populaire du Congo, une escroquerie idéologique. Ou au cœur du long drame. Livre 1 « les faits » Diffusion Editions Maisonneuve la Rose. Paris 1975 ;

          (4)     William Easterly « Les pays pauvres sont-ils condamnés à le rester » Edition d’organisation Page 334


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  • kovalin-tchibinda-kouangou

    A quelques semaines des élections législatives au Congo, de nombreuses voix ne cessent de s'élever contre la volonté des autorités de Brazzaville de réaliser un hold-up électoral. Le pouvoir congolais souhaite organiser des élections sous le couvert d'une commission dont il a le contrôle, tandis que les responsables de l'opposition exigent la mise en place d'une commission électorale indépendante.

     

    L'un et l'autre savent que le prix de la victoire dépend du choix qui sera fait. L'opposition a des chances de l'emporter si la commission électorale est indépendante tandis que le pouvoir actuel gagnera si la commission est à sa botte.

     

    Dans les conditions actuelles du vote basé sur l'ethnie, La faction de Sassou c'est à dire la faction 'Nord' ou 'Mbochi' ne peut gagner une élection libre et transparente. Pour obtenir une majorité au parlement, il lui faut rechercher des alliances ethniques. C'est ce qu'il vient de réaliser avec le ralliement de Bernard Kolélas victime d'une guerre d'usure qui la fait tomber comme un fruit mûr dans l'escarcelle de Mpila. Sassou Nguesso cherche également à s'associer à Thystère Tchicaya leader du Kouilou qui jouirait d'une certaine influence dans le Niboland, fief de son ami Pascal Lissouba.

     

    Il n'est pas dans l'intérêt de Sassou Nguesso d'accéder à la requête de ses opposants sur la mise en place d'une commission électorale indépendante car cette revendication légitime ne peut s'appliquer que dans des sociétés ethniquement homogènes ou être imposé par la communauté internationale. Il n y'a rationnellement aucune raison que Sassou Nguesso crée l'instrument de la défaite de sa faction ou de son ethnie.

     

    C'est cette vision 'ethniciste' ou 'ethniste' du pouvoir qui rend problématique la démocratie au Congo. La probabilité qu'un originaire du Nord du Congo gagne une élection présidentielle au suffrage universel dans des conditions transparentes est quasiment nulle. Cela dissuade les tenants du pouvoir actuel de faire des concessions sur la commission électorale indépendante ; La population congolaise ne semblant pas assez éduquée pour faire un choix en fonction des programmes ou des projets de sociétés.

     

    La diversité ethnique est un frein à l'organisation d'élections libres et transparentes car elle donne la victoire non pas au meilleur programme ou projet mais à celui qui fait partie d'une ethnie ou d'un groupe d'ethnies majoritaire. Elle présage des guerres civiles et génocides surtout quand des leaders populistes tentent de gagner une assise politique en jouant sur le morcellement ethnique.

     

    D'après une étude réalisée par William Easterly ancien économiste à la banque mondiale, les pays caractérisés par la plus grande hétérogénéité ethnique entretiennent moins de services publics que ceux qui se distinguent par une plus grande homogénéité ; Il montre également que dans les nations caractérisées par des antagonismes ethniques, la scolarité est deux fois moins longue; le taux d'équipement en téléphone par travailleur est treize fois moindre,les coupures d'électricités sont deux fois plus fréquentes ; enfin la proportion des routes goudronnées est de moitié plus faible. Ces constats témoignent de l'indigence du secteur public.

     

    Selon les travaux de Jacob Svensson professeur à l'université de Stockholm et Paulo Mauro qui travaille au FMI, la corruption est plus élevée quand règne une grande diversité ethnique. Pour ces deux auteurs, les pays qui disposent de matières premières sont davantage atteints par la corruption que les autres. Ces matières premières attisent la convoitise de chacun des groupes d'intérêts ethniques.

     

    Paradoxalement, Même si l'on voit surtout la violence dans les rivalités ethniques, au Congo, c'est plutôt l'aspect politique des rivalités ethniques qui posent problèmes.

     

    Ne soyons pas hypocrites ! En réalité, les leaders de l'opposition congolaise en particulier ceux du sud ne peuvent gagner une élection sur un programme ou un projet de société, mais sur le rapport de force démographique qui leur est favorable. Sassou Nguesso leader du nord du Congo ne peut gagner une élection que sur la base du rapport de force militaire et de ses soutiens 'Françafricains'.

     

    La démocratie congolaise est viciée par l'ethnie. Comment rendre cette démocratie 'ethniste' plus vertueuse ?

     

    Je crois que toutes les ethnies du Congo à travers leur leader doivent s'accorder sur la mise en place de service collectif performant. Car dans une société marquée par les antagonismes ethniques, même la construction d'une route, décision normalement de caractère anodin peut soulever des difficultés. Chaque groupe ethnique peut en effet ne désirer des routes que pour sa région, d'autant plus si les groupes ethniques n'entretiennent pas beaucoup de relations entre eux et ne placent donc pas une grande valeur dans une route interrégionale. Par conséquent, si tous les groupes accordent une valeur limitée à un réseau routier national, les leaders politiques n'en font pas une priorité et n'investissent pas autant que dans une société plus homogène sur le plan ethnique.

     

    Il est démontré que les groupes d'intérêts fondés sur l'appartenance ethnique sont moins disposés à soutenir la scolarisation de masse qu'il le serait dans une société plus homogène. Dans les pays morcelés d'un point de vue ethnique, on constate une insuffisance de service public qui se caractérise par des niveaux médiocres de mortalité infantile, d'espérance de vie, d'accès aux installations sanitaires et à l'eau potable. Cette analyse ressemble étrangement au Congo d'aujourd'hui.

     

    Voilà donc pourquoi, au lieu d'exiger du pouvoir de Brazzaville la mise en place d'une commission électorale indépendante pour lui permettre de gagner 'démocratiquement'- en réalité 'ethniquement' ou 'démographiquement'- les législatives de 2007, l'opposition congolaise devrait d'abord se battre pour des institutions saines et des services publics performants. Il est démontré qu'au cours des deux dernières décennies, les pays qui se sont dotés d'institutions de bonnes qualités, n'ont pas eu de guerre ou de violence ethnique et la croissance économique a été au rendez-vous. C'est le cas du Ghana.

     

    Que ferait l'opposition au pouvoir avec ces mêmes institutions et services publics ? A quoi sert -il d'exiger la commission électorale indépendante pour les élections alors qu'il n y'a pas de transparence dans la force publique (le haut commandement militaire est clanique), les hauts fonctionnaires sont nommés sur des bases ethniques et non du mérite, et pis, les médias et la justice sont bâillonnés !

     

    Pour installer des institutions saines et des services publics performants, une conférence nationale s'impose. C'est l'organisation d'une telle conférence qui devrait être la priorité de l'opposition plutôt que de 's'égosier' à exiger une commission électorale indépendante qui ne leur sera pas concédé étant donné que le rapport de force national et international leur est défavorable.

     

    Le Congo a eu en 1992 une élection libre et transparente organisée sous la houlette d'une commission électorale indépendante. Malheureusement cette élection n'a pas permis l'amélioration des conditions de vie de la population. Ce n'est donc pas la commission électorale indépendante qui règlera les problèmes du Congo mais l'installation d'institutions et de services publics de qualité, la mise en place d'une fonction publique fonctionnant au mérite, l'installation d'un état de droit. A mon humble avis, c'est lorsque ces questions institutionnelles seront réglées que la demande d'une commission électorale indépendante sera vitale.

     

    Dommage que l'opposition se précipite de participer à une élection perdue d'avance alors que le principal enjeux du Congo n'est pas dans ces futures élections opaques mais dans la refondation d'un état décent et fort qui mobilisera les énergies de toutes les ethnies de la nation vers un développement réel et une résorption de la pauvreté.

     

    Kovalin Tchibinda

    Mail : ktchib@club.fr

    Blog : http://kovalin.oldiblog.com

     

    Notes

    William Easterly : Les pays pauvres sont-ils condamner à le rester ? Editions d'Organisations


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